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Au Mali, des groupes djihadistes mènent une série d’attaques coordonnées contre le pouvoir, près de Bamako et dans plusieurs villes

Les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans, affiliés à Al-Qaida, ont revendiqué une série d’attaques menées avec les rebelles touareg maliens du Front de libération de l’Azawad. Ils affirment avoir pris le contrôle de la ville-clé de Kidal, dans le nord du pays.

Le Monde avec AP et AFP

Publié le 25 avril 2026 à 11h59, modifié le 26 avril 2026 à 06h13

Temps de Lecture 4 min.

Des combats et tirs intenses ont eu lieu, samedi 25 avril dès l’aube, à la périphérie de la capitale malienne, Bamako, et dans plusieurs villes de l’intérieur du pays, entre des soldats et des « groupes armés terroristes » ayant mené plusieurs attaques coordonnées, selon l’armée.

Les combats entre cette dernière et les assaillants ont fait 16 blessés civils et militaires et des « dégâts matériels limités », a fait savoir, samedi soir, le gouvernement selon lequel « la situation est totalement sous contrôle dans l’ensemble des localités » attaquées. « Plusieurs terroristes ont été neutralisés et des équipements détruits », avait précisé, plus tôt, l’armée malienne.

Les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaida, ont, eux, revendiqué, dans un communiqué, une série d’attaques coordonnées avec la rébellion touareg contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir au Mali. Il a également affirmé avoir pris la ville-clé de Kidal, dans le nord du pays, « après une opération réussie menée contre l’armée malienne et les mercenaires du corps russe avec la participation de nos partenaires du FLA [Front de libération de l’Azawad] », des rebelles touareg.

Le Mali est en proie depuis plus d’une décennie aux conflits et aux violences djihadistes, mais depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte, ces attaques de la part des djihadistes et de la rébellion touareg sont sans précédent.

Les djihadistes du GSIM proclament une « victoire »

Le FLA, groupe séparatiste réclamant le territoire de l’Azawad dans le nord du Mali, a aussi annoncé contrôler Kidal. La ville avait été reprise en novembre 2023 par l’armée malienne appuyée par des combattants du groupe paramilitaire russe Wagner, mettant fin à plus d’une décennie de contrôle par des groupes rebelles.

Dans un communiqué diffusé samedi soir, le GSIM proclame une « victoire », estimant qu’elle est le fruit d’une coordination avec ses partenaires et « grâce à la participation active de [ses] frères du Front de libération de l’Azawad ». Il déclare assumer « la responsabilité » pour les attaques ayant visé samedi « le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la défense, Sadio Camara, l’aéroport international » de Bamako et « les sites militaires dans la ville de Kati » voisine.

Des incertitudes planent sur le sort du ministre de la défense, du patron du renseignement malien et du chef de la junte malienne. Selon des habitants, la résidence du ministre a été en grande partie détruite par une forte explosion. Son entourage a démenti des allégations selon lesquelles M. Camara était blessé.

Tirs entendus dans plusieurs villes

Samedi après-midi à Bamako, des hélicoptères – qui ont mené des frappes aériennes dans la matinée – tournaient toujours au-dessus de la capitale dans les environs de l’aéroport, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Alors que les rues étaient restées désertes depuis le matin, des passants commençaient à sortir peu à peu pour observer la situation. Plusieurs artères de la capitale menant à des infrastructures militaires, à l’aéroport et au palais présidentiel de Koulouba étaient bouclées par les forces de sécurité. L’ambassade des Etats-Unis à Bamako et l’ONU ont demandé à leurs employés d’éviter tout déplacement non essentiel et de rester chez eux.

Le FLA revendique en outre avoir pris le contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao, au nord du pays, selon des déclarations sur les réseaux sociaux. Sur X, son porte-parole, Mohamed Elmaouloud Ramadane, dit que « plusieurs positions sont déjà passées sous le contrôle des forces de l’Azawad ».

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Des tirs se poursuivaient également, mais de manière plus espacée, samedi après-midi dans la ville voisine de Bamako, Kati, qui abrite la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, et une attaque a eu lieu à Sévaré (centre), selon un journaliste de l’AFP et des résidents. L’Union africaine (UA) a dit « condamner fermement » ces attaques, estimant qu’elles « risquent d’exposer les populations civiles à des dangers importants ».

Message à la Russie

En septembre 2024, le GSIM avait revendiqué une double attaque d’une rare ampleur contre l’aéroport militaire de Bamako et contre l’école de gendarmerie à quelques minutes de là, qui avait fait plus de 70 morts et 200 blessés, selon des sources sécuritaires à l’AFP.

Dans son communiqué de samedi soir, le GSIM, fait inédit, s’adresse à la Russie et « annonce » vouloir « neutraliser la partie russe du conflit, en échange de la non-prise de cible de cette dernière et d’une coordination visant à construire une relation future équilibrée et efficace ». En d’autres termes, il propose de ne pas attaquer les Russes au Mali en échange de la neutralité de Moscou dans la situation actuelle.

Mais le ministère des affaires étrangères russe a condamné, dans la nuit de samedi à dimanche, des « actions des terroriste [qui] représentent une menace directe contre la stabilité de l’Etat malien, ami de la Russie, et pourraient avoir des conséquences très négatives pour toute la région ».

Le Mali est dirigé par des militaires, arrivés au pouvoir par deux coups d’Etat successifs, en 2020 et 2021. Le pays est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaida et à l’organisation Etat islamique, ainsi que de groupes criminels communautaires et des indépendantistes.

Le Groupe Wagner, qui appuyait l’Etat malien dans sa lutte antidjihadiste depuis 2021, a annoncé la fin de sa mission en juin 2025, et est devenu l’Africa Corps, une organisation sous le contrôle direct du ministère de la défense russe.

Mesures répressives

Les militaires au pouvoir ont pris des mesures répressives contre la presse et les voix critiques. Ils ont également dissous les partis politiques et les organisations à caractère politique. La junte malienne s’était engagée à remettre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024, mais a depuis manqué à cette promesse. En juillet 2025, le régime militaire a accordé à M. Goïta un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable, « autant de fois que nécessaire », et sans élection.

Le régime militaire du Mali, comme ses voisins, Niger et Burkina Faso, également dirigés par des juntes, a tourné le dos à la France et à plusieurs partenaires occidentaux pour se rapprocher politiquement et militairement de la Russie.

Le Togo a déclaré le 18 avril vouloir « servir de pont » entre le Mali, le Niger, le Burkina Faso, lors du lancement de sa nouvelle stratégie pour le Sahel. Depuis plusieurs mois, le Togo tend la main à l’Alliance des Etats du Sahel, qui assume une politique souverainiste.

Le Sahel, « épicentre » du « terrorisme », concentre pour la troisième année de suite près de la moitié des décès liés à ces violences dans le monde en 2025, selon le dernier Indice mondial du terrorisme paru à la mi-mars.

Le Monde avec AP et AFP

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